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Les tentatives d’évangélisation en terre d’Islâm : enjeux et réalités Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
03-08-2008

christianisme.jpgD’abord un fait : Contrairement à l’Islâm qui a reconnu, dès son avènement, les autres croyances antérieures et notamment le Christianisme dont il appelle les adeptes « les gens du Livre » et à qui il réserva même des versets vraiment élogieux , le Christianisme, quant à lui, n’a jamais voulu admettre l’existence de l’Islâm. La religion apportée par Mohammed (qsssl) fut accusée de toutes les tares et son Prophète fut l’objet de toutes les injures et autres invectives qui témoignent de l’intolérance et de la haine de leurs auteurs.

Et pourtant, le Prophète (qsssl) avait tout fait pour gagner la sympathie sinon le respect des chrétiens, en leur témoignant beaucoup d’égards. C’est ainsi que lui et ses Compagnons avaient exprimé leur joie et leur satisfaction lors de la victoire des Byzantins chrétiens – donc gens du Livre – sur les Perses polythéistes, puisque l’année précédente, les polythéistes de la Mecque avaient éprouvé une grande joie devant la victoire des Perses sur les Byzantins. En outre, lorsque les chrétiens arabes de Nedjrâne vinrent lui rendre visite à Médine, il les laissa célébrer leur messe dans sa propre mosquée. Ses successeurs temporels à la tête de la Communauté en firent de même. A l’armée musulmane qui s’en allait en conquête, Aboû Bakr donna plusieurs instructions dont la plus importante est de ne pas s’en prendre aux moines, retirés dans leurs monastères pour s’adonner aux prières et à la méditation. L’attitude de son successeur, Omar envers les habitants chrétiens de Jérusalem, est restée célèbre dans les annales de l’histoire, puisque unique en son genre de la part d’un conquérant. Il en fut ainsi de la plupart des Sultans, Califes et autres chefs de la Communauté. Les exemples de l’illustre Salah Eddine El-Ayyoûbî (Saladin pour les Occidentaux) qui envoya son propre médecin à son ennemi, Richard Cœur de Lion, malade. Son fils El-Mâlik El-Kâmil avait reçu, en pleine Croisade, le grand théologien de l’Eglise, saint François d’Assise, venu le convertir (!), selon les auteurs occidentaux eux-mêmes. On ne peut pas ne pas citer, aussi, l’exemple de l’Emir Abd-el-Kader et de son attitude admirable, face aux Druzes qui voulaient massacrer les chrétiens de Damas. Bien plus, la tolérance des musulmans à l’égard des chrétiens était telle que de nombreux Califes prenaient des ministres ou des conseillers parmi les adeptes du Christianisme. C’est ainsi que le grand-père de saint Jean Damascène, Ibn Sardjoûn, avait exercé le poste de premier ministre dans le Califat Omeyyade à Damas et à saint Jean Damascène lui-même fut confiée la direction de l’administration financière du Califat.

Cet esprit de tolérance à l’égard des chrétiens subsista avec l’avènement du Califat abbaside. Lorsque le Calife El-Mamoûn créa la Maison de la sagesse (Beït El-Hikma) , en 832, il confia la direction de ce centre de culture et de sciences à un médecin chrétien nestorien, Hounayn Ibn Ishâq  .

Certes, l’Islâm est une religion qui fait du prosélytisme pacifique et c’est tout à fait normal ; c’est la vocation d’une religion d’en faire. Mais il n’en fait pas une fixation, une obsession et un souci constant comme c’est le cas du Christianisme qui s’entête à vouloir évangéliser le monde entier, sous le prétexte qu’il n’y a pas de salut en dehors de l’Eglise. Il est vrai que depuis Vatican II, une certaine amélioration des rapports de l’Eglise, notamment catholique, avec les autres religions, entre autres l’Islâm, a été constatée sur le plan théorique. Mais sur le plan pratique, il reste beaucoup à faire pour concrétiser cette nouvelle approche. Alors que l’Islâm proclame : « A vous votre religion, et à moi, la mienne » , le Christianisme n’envisage pas, dans la pratique, la possibilité d’autres perspectives spirituelles, en dehors de l’Eglise. Ainsi, lorsque les musulmans étaient établis en Ansalousie, ils avaient laissé les Chrétiens et les Juifs libres de pratiquer leurs cultes respectifs et de gérer leurs propres affaires. Mais lorsque la contrée tomba sous l’emprise des rois très catholiques, Ferdinand et Isabelle, toute trace de l’Islâm fut effacée. C’est de bonne guerre pourrait-on dire, mais là où le bât blesse, c’est de voir que les missionnaires de l’Eglise exploitent souvent des circonstances et des situations dramatiques, comme les guerres, la famine, la détresse des gens, notamment des jeunes, les crises identitaires, les maladies…pour essayer de les convertir au Christianisme! Il faut préciser, toutefois, que cela ne concerne pas que l’Islâm, mais toutes les religions et croyances. Les exemples qui attestent de cette réalité sont nombreux. Ce serait ainsi enfoncer une porte ouverte que de dire que les premiers missionnaires en Afrique noire sont venus sur les pas des colonisateurs européens. Tandis que les premiers ont pris aux Africains leurs âmes, les seconds leur ont pris leurs terres. C’est ce qui s’est passé aussi en Amérique du Sud où les peuples autochtones ont été convertis de force par les missionnaires venus avec les conquistadors, tandis que leurs civilisations originelles furent carrément effacées. Il en fut de même en Algérie où l’alliance entre l’Eglise et le pouvoir colonial était un secret de polichinelle, bien qu’il y ait eu quelques exceptions, il faut le reconnaître  . N’est-ce pas que la fonction d’aumônier de l’armée fut inventée par les Chrétiens ? C’est dire combien était toujours étroite la relation entre les militaires et les missionnaires chrétiens.

Il en fut ainsi en Asie, notamment en Inde où les missionnaires protestants, avec l’aval de la couronne britannique ont déployé des efforts gigantesques, pour convertir les hindous et surtout les musulmans. Au demeurant, les polémiques entre les missionnaires protestants et certains théologiens et savants musulmans sont restées célèbres jusqu’à nos jours et ont fait l’objet de livres à grand succès .  Les missionnaires protestants profitaient du fait que l’Inde était tombée entre les mains des occupants anglais, après avoir été sous le pouvoir de la brillante civilisation des Sultans Mogols, qui a vu toutes les religions cohabiter avec l’Islâm dans une véritable harmonie et coexistence pacifique.

L’évangélisation des musulmans est un souci constant qui a toujours hanté les représentants de la Chrétienneté, sous ses diverses doctrines. Depuis saint François d’Assise, venu convertir les musulmans, en pleine croisade, à Henri Lammens, venu sur les pas des soldats français occupant Damas, pour prêcher le message de l’Evangile aux musulmans et dénigrer leur Prophète, en passant par le cardinal Ximenez, le père Raymond Lulle, le cardinal Lavigerie et autres, les efforts de l’Eglise pour convertir les musulmans n’ont jamais cessé.

Cette attitude de l’Eglise est toujours en vigueur malheureusement. Les échos qui nous parviennent de pays musulmans en proie à des situations dramatiques, comme l’Afghanistan, le Soudan, le Bangladesh, l’Irak et autres, indiquent une grande activité missionnaire en direction des peuples de ces pays pour les attirer vers le Christianisme. Ce regain d’activisme et de prosélytisme dirigé surtout par des Eglises réformées coïncide justement avec la volonté affichée de l’administration américaine actuelle de régenter le monde. Or, les dirigeants actuels de la Maison Blanche sont connus pour être des adeptes zélés d’une Eglise réformiste célèbre pour sa vision manichéiste et anti-islamique. De là à ce que des observateurs avisés voient dans ce regain de prosélytisme et d’actions missionnaires, dans certains pays musulmans, notamment notre pays, une jonction avec la volonté hégémonique de l’administration américaine actuelle à vouloir imposer leur volonté aux pays musulmans, il n’y a qu’un pas que nous franchirons allègrement, d’autant plus qu’en ce qui concerne l’Algérie, la plupart de ceux qui font dans le prosélytisme chrétien, appartiennent à des Eglises américaines connues pour leur pro-sionisme affiché et leur hostilité déclarée à l’Islâm.
 
La dénonciation de cette situation est certes indispensable et requiert une réaction à la mesure des défis qui sont posés et qui risquent de se transformer, demain, en autant d’enjeux politiques et stratégiques de la plus haute importance. L’exemple du Darfour où la minorité, soit disant persécutée, est pourtant de confession musulmane doit nous donner matière à réflexion. Les dirigeants américains qui se croient investis d’une mission divine cherchent le moindre prétexte pour tenter d’intervenir dans les pays musulmans qui refusent de céder à leur diktat. Et quoi de plus logique et de plus facile pour intervenir que le prétexte de minorités persécutées par les pouvoirs en place ?
Le devoir nous incombe à nous, intellectuels, imprégnés des valeurs spirituelles éternelles prêchées par l’Islâm, d’affronter ce défi, sur le plan intellectuel et spirituel, en montrant à ces jeunes induits en erreur et fourvoyés par ces missionnaires aux intentions autres que spirituelles, les vraies valeurs de l’Islâm dont ces missionnaires exploitent leur ignorance.

Et là je parle en connaissance de cause. Les missionnaires chrétiens craignent les discussions théologiques et les débats intellectuels ayant trait aux arguments des uns et des autres.
Lorsque le savant indien Rahmatullah El-Hindi publia son livre Idhâr El-Haqq  (la manifestation de la vérité), pour répondre aux détracteurs de l’Islâm parmi les missionnaires protestants, les historiens rapportent que de nombreux musulmans indiens qui furent tentés, pour une raison ou une autre, de se convertir au Christianisme, revinrent sur leur décision après avoir lu son livre, magistral au demeurant. Ce savant avait démontré, en s’appuyant sur les textes judéo-chrétiens eux-mêmes, que les religions juive et chrétienne ont été déformées et falsifiées et que l’Islâm est la religion somme toute naturelle venue rétablir le monothéisme d’Abraham, lui donner un nouveau souffle et une nouvelle impulsion.

En avril 1992, alors que je me trouvais en France, pour assister à un Congrès sur l’Islâm, une exposition de livres et de cassettes vidéo fut organisée en marge de ce Congrès. Tandis que je me promenais, entre les stands, j’entendis deux prêtres chrétiens invités à ce congrès dire, en voyant des livres et des cassettes vidéo des célèbres polémiques du savant sud-africain Ahmed Deedat : « Mais que font ici ces livres et ces cassettes ? ». A l’évidence, ces prêtres appréhendaient la propagation de tels livres et cassettes, après l’énorme succès remporté par le célèbre prédicateur, Ahmed Deedat, dans ses polémiques avec les télés-évangélistes américains, au début des années quatre-vingt dix.

Nous devons donc affronter ces missionnaires, non pas en les menaçant de mort, ce qui va apporter de l’eau à leur moulin, pour accuser encore plus l’Islâm de violence et d’intolérance, ce que le Coran lui-même nous interdit ,  mais avec les armes du débat serein et de la discussion intellectuelle, en suivant l’exemple de nos illustres savants qui se sont opposés aux détracteurs de l’Islâm, en leur temps . Pour ce qui est des campagnes d’évangélisation en Kabylie, nous savons que les missionnaires font sciemment l’amalgame entre Islâm et arabisme (en tant qu’idéologie) pour susciter certaines susceptibilités ancrées dans certains esprits. Aussi, est-il est nécessaire d’écrire, de dire et de prêcher, à chaque fois que l’occasion se présente, pour montrer la fausseté d’une telle affirmation. L’Islâm n’a jamais été la propriété des Arabes ou d’une autre race.  Il est la religion la plus universelle qui soit et dont les disciples arabes ne forment qu’un faible pourcentage parmi le milliard et demi de ses adeptes.

Les actions d’évangélisation que connaissent certaines régions de notre pays, notamment la Kabylie, ne sont pas les premières ni ne seront les dernières. Nous devons donc être vigilants et ne jamais nous lasser de répondre à ceux qui sont derrière cette entrerprise, à chaque fois que c’est nécessaire. Quant à ceux qui, pour une raison ou une autre, ont choisi le Christianisme, alors qu’ils appartenaient à des familles musulmanes depuis des siècles, libre à eux d’opter pour la religion de leur choix.

Tout ce que nous leur recommandons, c’est de mettre de côté leurs préjugés et leurs idées préconçues sur l’Islâm et d’étudier attentivement cette religion. Ils sauront alors une chose : on ne peut pas laisser Einstein et revenir à Newton, pour reprendre l’expression d’Eva de Vitray Meyerovitch, interrogée, un jour, sur les raisons de sa conversion à l’Islâm.

Dernière mise à jour : ( 03-08-2008 )
 
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